Formée aux Beaux-Arts de Paris, Martine Colignon étudie pendant trois ans auprès de Jacques Lagrange et obtient son diplôme en 1983 avec le soutien de Jacques Doucet. Elle développe sa réflexion dans un mémoire intitulé La peau des choses, sous la direction de Jacques-Adelin Brutaru à l’Université de Vincennes–Saint-Denis. Encouragée notamment par Yehuda Neiman et Pierre Restany, elle séjourne un an dans l’Illinois, où elle poursuit ses recherches sur le paysage et expose ses peintures sur papier.
À son retour, la peau et les enveloppes deviennent le fil conducteur de son travail. Elle cherche à constituer un épiderme pictural autonome, traversé par la lumière. Avec Trois métaphores (1987), réalisées dans la nature en Dordogne, le papier redouble l’écorce des arbres et les surfaces du paysage. Destinées à disparaître, ces installations sont photographiées jusqu’à leur destruction : la transformation et l’éphémère participent pleinement à l’œuvre.
À partir de Cartographie, présentée en 1989 à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, ses installations dialoguent avec des lieux du patrimoine. Les peaux-papiers accueillent les effets du temps, de la lumière et des éléments. Cette recherche se prolonge à La Napoule, dans les Greniers de César à Amboise, puis avec Piliers de lumière au musée archéologique de Dijon en 1995. Il s’agit d’habiter l’espace, d’en révéler les particularités et de transformer la perception du lieu.
Parallèlement, ses Livres et Livres jardins explorent le passage entre surface, relief et volume. Les peaux deviennent progressivement des écrans translucides, puis des voiles plus légers et colorés. Présentées notamment à Beauvais, à la Fondation Saint-Joseph et à la Maison des Métallos, ces œuvres trouvent un prolongement dans Ombres et lumières. Hommage à Henry Bauchau, installé en 2007 dans le jardin de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris.
La relation artistique avec Henry Bauchau accompagne également un retour au dessin. Une série de cinquante pastels explore la pensée, l’attente, le sommeil et la prière. Plusieurs œuvres sont publiées dans les revues consacrées à l’écrivain ou reproduites en couverture d’Antigone et de L’écriture à l’écoute, aux éditions Actes Sud et Gallimard. Les Déteintes, les Dormeurs, Les aveugles et le Bestiaire poursuivent cette interrogation sur la figure, la trace et la présence.
Au fil des années, la tarlatane devient un matériau essentiel. Sa trame accueille photographies, peintures, empreintes et collages. Les fragments se superposent, les formes apparaissent et s’effacent ; la lumière circule dans la matière et transforme l’image selon le regard.
En 2026, Martine Colignon poursuit ce dialogue entre matière, lumière et mémoire à travers les empreintes, le collage et la photographie. La série L’Incertain (2021–2026) et Et si la nature disparaît, présenté à la Halle Saint-Pierre en 2025, prolongent ses recherches sur le paysage, la fragilité et la transformation des formes.